Alipile vol 1

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Alipile vol1 recto

 

 

 

Alipile vol 1, our first compilation includes 8 tracks of artists from our catalog.
 Alipile vol 1, notre première compilation regroupe 8 titres d’ artistes de notre catalogue.

 

 

 

 

 with AcousramA, Debojyoti Bose, Mark Tamea, Kalam, Spirat, Indrajit Banerjee, Franck Schweitzer, Tushar Dutta !

 

 

ALIPIL-2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

C’est un temps à beaux et surprenants nuages blancs, ceux des hautes perspectives et des horizons lointains comme ceux, plus intimes, des intérieurs poétiques. C’est un disque du temps, comme une robe aux couleurs variées et imaginaires, comme une pensée vive et libre.
« Alipile Vol. 1 » du label Alimentic Records est une compilation. Une somme d’aventures en territoires acoustiques bien choisis. Heureux bonheurs qui volettent et donnent de la saveur à l’écoute folâtre et qui définissent l’identité de ce label Nancéien (créé en 2005 par Octave Mélèze, Franck Schweitzer, Serge Burghard et Yann Reiland).

« Nuage » d’Acousrama ouvre le regard et, par un mélange de voix, de samples palimpsestes et d’éléments sonores électroniques, donne le ton à cette proposition.

« Je plane dans le flou des nuages… » dit-il avant de laisser l’oreille se perdre curieux dans la suite…

La suite s’appelle « Raga Kafi » (de Debojyoti Bose). Musique indienne bien sur (c’est une des caractéristique de ce label), musique du temps encore, celui qui s’écoule dans ce râga lent et souple, sensuel et nostalgique. On connait l’objet sonore (le Sitar et le Tabla) mais c’est aussi et surtout d’improvisation dont il s’agit ici. Et d’amour ! L’amour des choses qui passent, de ce temps qui se découpe spontanément et délicatement, ciselé par les idées et les sensations partagées en direct par les deux musiciens et le public.

Tout l’art de cette musique Indienne est d’offrir un cadre à l’écoute et à l’invention. Donner une place au temps d’écouter comme à celui d’inventer. L’art du moment, la sensation de l’instant et la recherche d’un bel équilibre délicieux et unique.

« Kinsunetsuki » (Mark Tamesa). Bourdon doux et sombre qui s’infiltre, de ci de là trainent des sons électroniques qui cisaillent et zèbrent la tension. Quelques instruments acoustiques, des percussions… et finalement tout une recomposition de l’éparpillement sonore. Une agrégation sensible d’objets sonores aux natures différentes qui fait penser parfois à Parmegiani, Grisey ou Pierre Henry. L’origine est là. Dans cette manipulation de musique concrète et électronique, dans cette audace à la variété aussi passionnante qu’un drame.

« Forse Nel Silenzio » (Kalam) ou l’évocation des sonorités d’un autre pays comme une mémoire qui s’extrait et affleure. Rythmes aux basses lentes et campés, voix qui passent et repassent et grésillements tranchants. Ce qui transpire dans ces sons est un poème, une minuscule pastille phonique délicate et élégante. Mais que dit cet homme qui parle ? Qu’importe…

« Mabrouk » (Spirat) est une musique plus empreinte des traditions de la world music. Mélange des genres et des sonorités (clarinette, samples, karkabou, bourdon Indien, riffs de basses et éléments électroniques aux effets travaillés), grands espaces qui s’étirent pour laisser l’empreinte d’une émotion colorée. une sorte de road-sound sans autres fins que la traversée.

Retour à la musique Indienne, enveloppante et ample avec « Miankhi Malhar (de Indrajit Banerjee). Sitar de Terre, Sitar de Ciel, espace parfumé et sons volants. Il n’y a pas besoin de connaitre la musique Indienne pour l’aimer, simplement se laisser happer, se laisser séduire par les circonvolutions et les arcanes de ce plaisir léger. Mais où cela nous transporte t-il donc ? Ces paysages sensationnels et fins, ces dentelles de résonances sympathiques et ces horizons remplis de simple humanité. Tabla de Cœur, Tabla de Mémoire, qui rythme et dynamise l’écoute et l’imagination. Un pas à deux, une marche à trois, auditeur compris dans l’expédition et le trajet… quelle grandeur dans ces volutes multipliées.

« Raga Nervous » (de Franck Schweitzer). Alors voilà une nouveauté, l’audace et la sensibilité très intelligemment entremêlées. Entre traitements électroniques et inspiration des respirations Indiennes, Franck Schweitzer ouvre soudain avec force et inventivité les perspectives aux guitares et aux rythmiques agiles et enivrantes. Il faut entendre cette combinaison ébouriffante pour comprendre que des chemins originaux et passionnants peuvent encore exister, peuvent encore se laisser parcourir. Car on assiste là pendant 13 minutes et 14 secondes à une véritable histoire rempli de curiosités. Un kaléidoscope sonique. Tabla trituré, bourdon démantibulé, sons exacerbés, des échos des ruptures greffés, ici des hétérogénéités imprévisibles et joliment insensées, là des froissements, des roulements, des éclats des échappées folles et échevelées, partout des mécanos acoustiques absolument fascinants par leur incongruité et leur cohérence (c’est ce paradoxe qui est très réussit), tout un itinéraire cheveux au vent construit comme un râga, pensé comme depuis toujours mais totalement habité par les matières de nos jours et de nos nouvelles possibilités numériques. Et quelle musique. Et quel plaisir. Et quelle joie dans ces trouvailles. Jeunesse d’esprit et de corps, l’acoustique aussi savante qu’adolescente. C’est cela oui, une épopée sonore qui se joue des codes avec une grande connaissance et une soif enthousiasmante.

Et pour terminer cette belle compilation (le mot n’est pas élégant mais le contenu appel à l’oublier pour s’y noyer), « Bhajan » (de Tushar Dutta).
La fin de ce CD par la poésie d’un chant Indien aux profondeurs captivantes. On ne peut être que surpris et conquis par la fragilité, la finesse et la féminité de cette voix d’homme ainsi déposée sur les airs d’un ailleurs si délicieusement évoqué. Le temps encore, le temps et l’émotion vivante d’un présent rempli de passé et d’espoir.

Sans s’en rendre compte, le soleil sonore d’une journée ensoleillée s’est déjà couché. La vie à un peu changé.

Antoine Arlot pour Pertes & Fracas.

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